LE MARDI À MONOPRIX
Spectacle tout public sur le thème de la transidentité

Texte : Emmanuel Darley
Mise en scène : Raphaël Magnin
Jeu : Damien Debonnaire et Juliette Didtsch
Conception de la marionnette : Alice Delarue
Conception et régie Lumière : Valentin Moreau
Conception et régie sonore : Cédric Carboni
Diffusion : Sabine Renard
Marie Pierre se projète au devant des spectateurs, de ses propres mots, « telle quelle », sans fioritures. L’espace scénique s’en trouve épuré. Autour d’elle, trois rideaux de fils blancs encadreront la
scène au lointain, permettant, par la projection vidéo et la lumière, de jouer tantôt l’ouverture, tantôt l’enfermement.
Marie Pierre est une femme simple. Elle vient tous les mardis visiter son père, veuf depuis peu, nous dit-elle, afin de l’aider dans les tâches quotidiennes de la vie et lui tenir compagnie. Chaque mardi, le programme est le même : prendre le train, ouvrir la porte de son père, lui dire bonjour, faire un brin de ménage hebdomadaire puis il est temps de faire les courses et de se diriger vers Monoprix. Ils y ont leurs habitudes, connaissent bien du monde, son père surtout. Après le déjeuner, il reste la lessive à faire pendant la sieste de son père et les repas pour la semaine, qu’il ait le moins de choses possibles à faire. Il se fait vieux. Puis à la fin de la journée, Marie Pierre reprend le train dans l’autre sens pour s’en retourner à sa propre vie, laissant son père à sa solitude jusqu’au mardi suivant. La vie simple d’une femme simple aimant son père.

Sauf que Marie Pierre, avant de porter ce nom, s’appelait Jean Pierre. Et ce qu’elle nous raconte, au travers de ce mardi des plus quotidiens, c’est la difficulté d’être une femme quand on vous connaissait homme, ces regards qui jugent, qui pèsent. C’est aussi la communication impossible avec son père qui n’a jamais accepté le changement de sa fille, qui ne voit maintenant que son fils disparu à ses yeux. Et pourtant elle voudrait partager avec lui sa vie d’à présent, lui raconter son quartier et aussi le métier qu’elle exerce depuis.
Au travers de cette journée, sa dernière journée, c’est la quête de cette femme qui se veut « telle quelle », féminine, assumée mais à qui on interdit cette identité. Chaque regard en coin, chaque parole gênée sont autant de cordes qui tentent de ramener Marie Pierre vers ce qu’elle était avant. Alors qu’elle aimerait simplement que son père et ces anonymes la regardent simplement pour ce qu’elle est : une femme.


EXTRAIT
« Passé du temps sans revenir chez moi dans cette ville où seul désormais il est. Chez moi je dis. Malgré tout ce temps échappé. Je dis Chez moi quand je m’en vais chez lui. Je pourrais même dire Je reviens chez moi. J’ai vécu longtemps là dans cette ville. C’est la ville où j’ai longtemps vécu du temps où j’étais enfant. Certains même ici se souviennent de moi de moi enfant s’entend. Je me souviens du jour où telle quelle je suis venue me présenter à eux. Elle et lui. Les deux vivant encore pas simplement lui avec sa solitude. Je me souviens de ce jour. La première fois que l’on arrive changée comme ça transformée là telle quelle c’est quelque chose de passer des rues et des lieux qu’avant on connaissait. Tout qui vous regarde les gens les murs les pierres. On est dévisagé. Non. Dévisagé c’est pour le visage non juste le visage ? Tête aux pieds là plutôt on dirait. Regardée en tous sens retournée secouée pour trouver sans doute le quelque chose là qui cloche. Toujours été telle quelle mais bon à l’intérieur alors désormais ceux d’ici à me reluquer les contours ceux qui d’avant me connaissaient. A tenter rebâtir. Elle et lui assis côte à côte à la table de la salle à manger quand je suis telle quelle pour la première fois entrée elle comme abasourdie lui de suite levé et passé dans la pièce à côté c’est la cuisine qui est là à côté. La porte dans mon dos claquée sur lui refermée et nous deux toutes les deux à demeurer dans le silence. Quoi dire quels mots dire pour faire comme si de rien. Peut-être qu’alors je dis Voilà. Et que Oui elle répond. Je reste un bon moment un moment qui semble durer mais est-ce que vraiment ça dure et puis je m’en vais sur mes talons nouveaux vacillante. »



CALENDRIER DE DIFFUSION
17 janvier 2020 : création à l’Espace Senghor au May sur Evre (49)
13 janvier 2021: Centre Jean Carmet à Mûrs Erigné, dans le cadre de Région en Scène
17 septembre 2021: L’Avant Scène à Laval (53) dans le cadre du Chainon Manquant